The Air Is On Fire

Je ne fais rien comme les autres. Cela aurait été trop simple de vous livrer cette entrevue quand elle a eu lieu, il y a plus de cinq mois. J'ai voulu la garder pour moi, je crois. Et puis aujourd'hui, j'ai décidé de la partager. De vous dire combien David Lynch est un homme extraordinaire, que je l'ai vu, que j'ai pu l'écouter parler de son oeuvre quand il est venu à Paris présenter son exposition The Air Is On Fire à la Fondation Cartier. Je me suis retrouvée entourée de photographes, journalistes, caméramen et autres gens de la presse. Alors j'ai sorti un calepin, et j'ai tout noté. J'ai littéralement bu ses paroles, c'était magique...
Voici donc mes morceaux choisis de la conférence de presse tenue par David Lynch à la Fondation Cartier le 1er Mars 2007 :

- Qu’est-ce
qui vous fascine ?
- Pourquoi
avoir choisi Paris pour cette exposition ? Est-ce que ça à un rapport avec
la mode ?
- Et
pourquoi la Fondation Cartier ?

- Pour
« The Air Is On Fire », vous avez sélectionné une musique
industrielle comme fond sonore ; ce qui renforce l’atmosphère industrielle
de vos œuvres. Quelle explication pouvez-vous y apporter ?
- Comment
avez-vous procédé à la sélection des photos que vous exposez ici ?
Il y avait beaucoup, beaucoup de photos. Hervé a sélectionné les images que vous voyez.

- Avec
ces œuvres d’art, qu’est-ce que vous pouvez dire de plus par rapport au
cinéma ?
Ce que vous voyez
est ce que je peux vous en dire. Les œuvres vous disent ce que vous voyez. Ces
images figées dans la peinture sont chacune un monde à explorer. Le cercle
magique commence à fonctionner. Peu
importe le mode d’exploration, chaque univers permet des expériences uniques.
- Dans
quelle mesure l’acte de peindre est-il un acte de solitude ?
L’acte de peindre est le plus bel acte de solitude qui soit. Il s’agit seulement de vous et de la toile. C’est infiniment profond ; vous avez le temps de vous laisser aller à la chute avec la peinture. Les idées coulent en vous et entre vous. Vous vous laissez guider par le tableau. La nature vous aide. C’est une si belle expérience. L’acte de peindre vivra éternellement.

- Vous
donnez souvent à voir des visions cauchemardesques, d’où ma question : Êtes-vous heureux ?
Je suis très
heureux.
- La
couleur bleue revient souvent dans votre œuvre. Faut-il y voir un lien avec
l’apaisement affectif que le bleu procure ou plutôt avec le fond bleu utilisé
au cinéma pour les effets spéciaux ?
Le bleu est une
belle couleur. Je ne sais pas trop, il y a pas mal de bleu ici mais pour moi
c’est quelque chose d’inné et de spontané. Les flux d’idées, ça vient comme ça.
Tout part d’un processus intuitif, d’un voyage entre des idées où tout est
entre des actions et des réactions.
- Considérez-vous
le cinéma comme un mariage entre la peinture et la littérature ?
En un sens, le
cinéma est une image sonore qui se déplace dans le temps. Et la peinture a son
monde propre. Ils se mélangent parfois mais demeurent tous deux unique. Mon
approche du cinéma a été colorée par l’expérience de la peinture.
- Dans
les œuvres, on voit les mêmes transformations/métamorphoses que dans vos films.
Pourquoi ce thème ?
Je ne sais pas.

- Le
« Bob » mentionné dans les tableaux est-il le même Bob que dans Twin Peaks ? Si oui,
pourquoi ?
C’est un autre Bob.
Vous savez, il y a plein de Bob à travers le monde !
J’aime le prénom
Bob, il y a quelque chose dans la forme de ce mot en particulier... Il me donne
beaucoup beaucoup d’idées pour la peinture. Je m’identifie en quelque sorte à
ce Bob.
- Pourquoi
avoir choisi d’éliminer toute structure dans votre dernier film, Inland Empire ?
J’aime les
structures mais pas les structures traditionnelles. Inland Empire a une structure, une histoire mais qui est plus
abstraite que d’habitude. Ce sont les idées qui nous guident, qui nous disent
où aller.
- Est-ce
un problème pour vous que les gens aient des difficultés à comprendre vos
films ?
Les gens comprennent l’abstraction bien plus qu’ils ne le pensent. Ils aiment tomber dans un monde abstrait et se perdre pour un instant. Mais d’autres n’aiment pas se sentir perdus et ils éprouvent de la frustration. Mes films parlent à tout le monde.

- Comment
vous sentez-vous dans ce que sont devenus les États-Unis aujourd’hui ?
Je me sens bien dans ma maison. J’habite à Los Angeles. J’aime la lumière de Los Angeles et les sentiments qui émanent de cette lumière. C’est comme une sensation de liberté. Après, ce qui se passe ici… il y a beaucoup de problèmes. Nous vivons dans un monde qui change sans arrêt. Mais je sens que des jours heureux vont bientôt arriver. Je suis optimiste.
[RoughDreams© Tous droits réservés]