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16 août 2007

The Air Is On Fire

lynch_paris

Je ne fais rien comme les autres. Cela aurait été trop simple de vous livrer cette entrevue quand elle a eu lieu, il y a plus de cinq mois. J'ai voulu la garder pour moi, je crois. Et puis aujourd'hui, j'ai décidé de la partager. De vous dire combien David Lynch est un homme extraordinaire, que je l'ai vu, que j'ai pu l'écouter parler de son oeuvre quand il est venu à Paris présenter son exposition The Air Is On Fire à la Fondation Cartier. Je me suis retrouvée entourée de photographes, journalistes, caméramen et autres gens de la presse. Alors j'ai sorti un calepin, et j'ai tout noté. J'ai littéralement bu ses paroles, c'était magique...

Voici donc mes morceaux choisis de la conférence de presse tenue par David Lynch à la Fondation Cartier le 1er Mars 2007 :

Logo

- Qu’est-ce qui vous fascine ?

Les idées. Tout débute d’une idée. Parfois, on a des idées en cinéma, en peinture, en musique, mais tout démarre avec une idée. L’idée est ce qu’on devrait chercher à attraper et dont parfois, on tombe amoureux.

- Pourquoi avoir choisi Paris pour cette exposition ? Est-ce que ça à un rapport avec la mode ?

Le choix de Paris n’a rien à voir avec la mode (N.B : l’exposition a commencé durant la fashion week). La France est un pays important au niveau de l’art et très réceptif à mon univers. Je me sens comme chez moi en France, c’est le plus beau pays qui soit pour montrer mon travail ! Je tenais d’ailleurs à remercier les français qui sont des gens merveilleux.

- Et pourquoi la Fondation Cartier ?

Parce qu’Hervé (N.B : le commissaire d’exposition) me l’a proposé ! La Fondation Cartier est un immeuble incroyable qui m’a donné des idées quant à la façon de disposer les œuvres. Tout cet environnement avec le verre a été une source d’inspiration pour la scénographie, la pièce avec les rideaux, ce genre de choses. Cette pièce avec les rideaux est comme une invitation à regarder les œuvres de façon spéciale. C’est comme traverser une forêt à la rencontre de choses magiques.

Toile

- Pour « The Air Is On Fire », vous avez sélectionné une musique industrielle comme fond sonore ; ce qui renforce l’atmosphère industrielle de vos œuvres. Quelle explication pouvez-vous y apporter ?

J’aime l’industrie. J’aime la fumée, le son du feu, celui des usines. J’aime l’électricité. La musique doit se marier à une scène. Dans cette exposition, la musique vient de l’industrie et elle crée une ambiance qui va et vient continuellement. Tout est dans l’ambiance, dans les sons qui donnent une couleur à la visite. Les sons aident à mieux voir l’image.

- Comment avez-vous procédé à la sélection des photos que vous exposez ici ?

Il y avait beaucoup, beaucoup de photos. Hervé a sélectionné les images que vous voyez.

fineart_1 fineart_02

- Avec ces œuvres d’art, qu’est-ce que vous pouvez dire de plus par rapport au cinéma ?

Ce que vous voyez est ce que je peux vous en dire. Les œuvres vous disent ce que vous voyez. Ces images figées dans la peinture sont chacune un monde à explorer. Le cercle magique commence à fonctionner. Peu importe le mode d’exploration, chaque univers permet des expériences uniques.

- Dans quelle mesure l’acte de peindre est-il un acte de solitude ?

L’acte de peindre est le plus bel acte de solitude qui soit. Il s’agit seulement de vous et de la toile. C’est infiniment profond ; vous avez le temps de vous laisser aller à la chute avec la peinture. Les idées coulent en vous et entre vous. Vous vous laissez guider par le tableau. La nature vous aide. C’est une si belle expérience. L’acte de peindre vivra éternellement.

Cart_Lynch_07G

- Vous donnez souvent à voir des visions cauchemardesques, d’où ma question : Êtes-vous heureux ?

Je suis très heureux.

-  La couleur bleue revient souvent dans votre œuvre. Faut-il y voir un lien avec l’apaisement affectif que le bleu procure ou plutôt avec le fond bleu utilisé au cinéma pour les effets spéciaux ?

Le bleu est une belle couleur. Je ne sais pas trop, il y a pas mal de bleu ici mais pour moi c’est quelque chose d’inné et de spontané. Les flux d’idées, ça vient comme ça. Tout part d’un processus intuitif, d’un voyage entre des idées où tout est entre des actions et des réactions.

- Considérez-vous le cinéma comme un mariage entre la peinture et la littérature ?

En un sens, le cinéma est une image sonore qui se déplace dans le temps. Et la peinture a son monde propre. Ils se mélangent parfois mais demeurent tous deux unique. Mon approche du cinéma a été colorée par l’expérience de la peinture.

- Dans les œuvres, on voit les mêmes transformations/métamorphoses que dans vos films. Pourquoi ce thème ?

Je ne sais pas.

Bob

- Le « Bob » mentionné dans les tableaux est-il le même Bob que dans Twin Peaks ? Si oui, pourquoi ?

C’est un autre Bob. Vous savez, il y a plein de Bob à travers le monde !
J’aime le prénom Bob, il y a quelque chose dans la forme de ce mot en particulier... Il me donne beaucoup beaucoup d’idées pour la peinture. Je m’identifie en quelque sorte à ce Bob.

- Pourquoi avoir choisi d’éliminer toute structure dans votre dernier film, Inland Empire ?

J’aime les structures mais pas les structures traditionnelles. Inland Empire a une structure, une histoire mais qui est plus abstraite que d’habitude. Ce sont les idées qui nous guident, qui nous disent où aller.

- Est-ce un problème pour vous que les gens aient des difficultés à comprendre vos films ?

Les gens comprennent l’abstraction bien plus qu’ils ne le pensent. Ils aiment tomber dans un monde abstrait et se perdre pour un instant. Mais d’autres n’aiment pas se sentir perdus et ils éprouvent de la frustration. Mes films parlent à tout le monde.

Distorted_Nude

- Comment vous sentez-vous dans ce que sont devenus les États-Unis aujourd’hui ?

Je me sens bien dans ma maison. J’habite à Los Angeles. J’aime la lumière de Los Angeles et les sentiments qui émanent de cette lumière. C’est comme une sensation de liberté. Après, ce qui se passe ici… il y a beaucoup de problèmes. Nous vivons dans un monde qui change sans arrêt. Mais je sens que des jours heureux vont bientôt arriver. Je suis optimiste.

[RoughDreams© Tous droits réservés]

 

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Commentaires
W
... ce n'est sûrement pas la première fois que je le dis et j'aimerais que ça ne devienne pas un leit-motiv aux yeux des autres, mais je n'aime guère ce réalisateur. <br /> C'est un formidable technicien, un remarquable artiste, inspiré et illuminé. Toutefois, l'ambiance qui règne dans ces films ne me plait pas. Je n'accroche pas à son style, je n'aime pas la façon dont il déstructure ses films (ce qui peut plaire à d'autres, j'en conviens), je n'aime pas cette masturbation intellectuelle et intello autour de ce cinéaste, l'attitude des fanatiques envers lui. Dommage car à le lire, c'est un artiste, un vrai, mégalo, complètement dingue mais carrément malin. Et puis il fait des remarques parfois qui visent juste. Et tout ce qu'il dit à propos de la couleur bleue me fait sourire doucereusement.
A
J'ai adoré cette expo. Je l'aurais adorée même sans cette matinée avec Lynch, mais ça ne gâche rien !<br /> <br /> J'ai découvert, qu'en plus d'être un fabuleux cinéaste, Lynch était véritablement ce qu'on peut appeller un artiste-total; qui s'épanouit dans une multitude de formes de création. Et ça m'a beaucoup touchée parce que je fonctionne comme ça aussi, son talent en moins !!<br /> <br /> Et puis, j'avais l'impression d'avoir sous les yeux des éléments supplémentaires pour comprendre son univers cinématographique. J'ai cru aussi que le BOB des peintures était celui de Twin Peaks, même s'il a démontré quelques instants après que je me trompais.<br /> <br /> J'ai filmé cette conférence, c'est tellement différent d'entendre tout ça en anglais, je veux dire formulé avec ses propres mots et ses tournures biscornues. Le tout associé à des tics gestuels qu'il a quand il parle, il fait un truc génial avec ses mains, ça m'a beaucoup fait rire. <br /> <br /> He's my super hero ^.^
P
Oh, eh bien, ça, c'est un joli cadeau...la première peinture me fait penser à Kieffer...Sinon, entendre David Lynch dire qu'il est optimiste pour le futur, c'est encourageant. Je ne connais pas bien son oeuvre, je crois que je fais partie des gens qui ne supportent pas de perdre le contrôle, mais je sais reconnaître un artiste, donc total respect.
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